Rengaines de tranchées

De tout le temps que dura le conflit, il me semble que le ciel demeura gris. Postés à la bordure d’un empire qui n’existe aujourd’hui plus, nous passions nos journées dans l’attente angoissée, l’oreille à l’affût. Nous guettions cette note aiguë, plaintive, indifférente, qui viendrait éteindre la lueur de vie qui subsistait dans nos regards. Nous serrions contre nous nos instruments de mort, attendant le sifflement d’un obus qui ne venait jamais.

Pas une seule fois, nous ne vîmes l’ennemi. Lorsqu’il avançait, nous reculions, lorsqu’il battait en retraite, nous avancions. Le rythme de notre marche, cadencée par notre sergent, nous gardait toujours hors de portée du danger. Une fois nos tranchées creusées, les batteries de canons foudroyaient le no man’s land, d’un bord comme de l’autre. Tous les jours, toutes les nuits, la même rengaine. La chorale des batailles nous maintenait éveillés.

Puis, vinrent la journée fatidique, l’occasion parfaite, le moment d’agir. D’une voix de basse qui, tel le ronflement de l’orgue, emplit fatalement notre réseau de tranchées, un colonel nous annonça notre mission : la prise d’une petite colline – un lieu auquel on accordait une importance stratégique capitale. Opération délicate : cette position appartenait à l’ennemi et il la garderait, farouche.

Nous reçûmes l’ordre de partir la nuit même.

Nerveux, nauséeux, le chapelet baignant dans la moiteur de nos paumes, nous regardions le sol entre nos bottes, certains que cette nuit serait notre dernière. Un air frais se butait contre nos casques Adrian, s’infiltrant malgré tout dans nos uniformes, et  nous nous mettions à frissonner à l’unisson. Trop tôt, la nuit tomba. Ensuite, nous nous surprîmes à suivre notre sergent dans le champ sélénite qui nous séparait de notre objectif. Notre détermination de poilus l’avait emporté sur notre raison. Toute peur avait quitté notre regard désormais rivé vers l’objectif : une butte rabougrie où trônait un unique saule fendu avec symétrie par la barbarie de l’homme.

Nous n’entendîmes jamais la mélodie funeste des tirs qui freinèrent notre progression. Une mesure, puis ce fut à nouveau le silence sous la colline au saule.

One Reply to “”

  1. Amateur d’histoire hein? Cela me fait revenir aux souvenirs que j’ai de mon adolescence qui s’est passée sous l’obsession pour la grande guerre. Pourtant, bien que j’ai lu beaucoup sur le sujet, je ne me souviens que vaguement de cette époque. Ce qui m’avait surtout intéressé c’était les multiples causes qui ont mené les peuples à s’entre-tuer ainsi, d’aussi il était fort intéressant de lire les lettres des gens y ayant participer. Mais les batailles en tant que tel? Les forts du lièges, Verdun, la campagne désastreuse de Gallipoli, les dizaines de batailles stagnantes dans l’Isonzo, Vimy, le massacre à Somme, de flou souvenirs pour être honnête. Ah oui, je me perdais dans ma nostalgie encore! J’ai vu quelques fautes de frappes, mais autrement, le texte est excellent. Je t’invite à te relire, les erreurs sont facile à voir. (Et je dit pas que j’en fait pas)

    J’aime

Laisser un commentaire