Tease

« Si tu veux plus fort, dis rose. Si c’est trop fort, dis rouge et on arrête. Et si t’en veux plus, on va le savoir. Mais juste au cas où, dis vert. »

Vengeance d’une fille volage

« L’un des jeunes prête son téléphone intelligent à un puis aux autres, et tous les regards se tournent vers la blonde qui tente de feindre le plus grand des désintérêts. Au moment où elle se lève pour aller s’asseoir à l’avant, fatiguée par ces enfantillages, l’un d’eux tourne le cellulaire vers elle. »

La jeune fille et les cendres

« La marchandise se trouve en ma possession, ils n’en ont jamais vu d’aussi belle. Eux ont la main tendue de l’accro, attendent sans patience, rampent debout pour obtenir une place de choix. Une fois les vêtements tombés, ils reprennent de leur cran, osent de nouveau s’appeler des hommes. »

Pessimisme

« J’entends les rires, les questions, sans voir les humains. Mon esprit ressemble à un système solaire mort; mon cerveau une naine blanche sur le point de s’éteindre, ce qui m’entoure tous ces astres que j’ai consumés lorsque l’hélium de mes angoisses s’est embrasé. »

Le tapis marocain

« J’ai toujours voulu m’acheter un tapis marocain. Comme mon anniversaire approche, je me suis acheté un tapis marocain. Il est magnifique. Rectangulaire, immense, il couvre presque tout le plancher du salon. Il est blanc cassé, comme la fourrure d’un ours polaire, a de longs poils, est tacheté de pois noirs, est traversé de rayures bleues entrecroisées, aléatoires. Il est parfait. Un véritable coup de cœur. »

Le Roi d’Occident

« Ses cheveux bleus détonnaient dans l’obscurité de la taverne glauque. Autour d’elle, pâle devant sa splendeur, une tablée d’ouvriers buvait au goulot, affamée. Sans mot dire, je m’assis parmi eux. Je savais ce qui se tramait. Ces hommes en chaleur que ma copine allumait — on le voyait dans leur regard —, ce fantasme qui habitait cette dernière, sa servilité qui la transformait en récipient de mes volontés. Ce soir, elle aurait droit à sa récompense. »

Femme indépendante

« Ma féministe intérieure s’était depuis longtemps forcée d’oublier cette vie, car je l’avais défendue de dénoncer le système, de peur de perdre ce que j’avais gagné. Je n’étais pas prête à me transformer en une Rose McGowan, à m’attaquer à l’Homme, à tenter de le détrôner, pour voir renaître (ou naître ?) un Hollywood dénué d’abus, de faveurs et de pots-de-vin sexuels. S’attaquer à ça, ça prendrait beaucoup plus que des #metoo. »