Le tapis marocain

« J’ai toujours voulu m’acheter un tapis marocain. Comme mon anniversaire approche, je me suis acheté un tapis marocain. Il est magnifique. Rectangulaire, immense, il couvre presque tout le plancher du salon. Il est blanc cassé, comme la fourrure d’un ours polaire, a de longs poils, est tacheté de pois noirs, est traversé de rayures bleues entrecroisées, aléatoires. Il est parfait. Un véritable coup de cœur. »

Le Roi d’Occident

« Ses cheveux bleus détonnaient dans l’obscurité de la taverne glauque. Autour d’elle, pâle devant sa splendeur, une tablée d’ouvriers buvait au goulot, affamée. Sans mot dire, je m’assis parmi eux. Je savais ce qui se tramait. Ces hommes en chaleur que ma copine allumait — on le voyait dans leur regard —, ce fantasme qui habitait cette dernière, sa servilité qui la transformait en récipient de mes volontés. Ce soir, elle aurait droit à sa récompense. »

Femme indépendante

« Ma féministe intérieure s’était depuis longtemps forcée d’oublier cette vie, car je l’avais défendue de dénoncer le système, de peur de perdre ce que j’avais gagné. Je n’étais pas prête à me transformer en une Rose McGowan, à m’attaquer à l’Homme, à tenter de le détrôner, pour voir renaître (ou naître ?) un Hollywood dénué d’abus, de faveurs et de pots-de-vin sexuels. S’attaquer à ça, ça prendrait beaucoup plus que des #metoo. »

Con de fées

« Il était une fois une petite allumeuse. Fille de personne, disait-on, elle était néanmoins princesse des réseaux sociaux, reine du chleuasme, de la pêche aux compliments et des égoportraits. Tous la vénéraient pour son charisme et sa grande beauté. Les likes se multipliaient comme tant d’admirateurs voulaient lui ressembler… comme tant d’hommes voulaient la regarder, la toucher, la baiser. »

Inhibitions

« Sous la faible lueur d’une ampoule de quarante watts, je contemple l’engin. Quelques secondes s’écoulent avant que je ne me décide d’avancer la tête vers l’orifice pratiqué au milieu du mur. »

Gestation prolongée ou Le progrès

« Hier, mon dernier ami s’est suicidé, s’est enfui dans ses rêves. Il a passé les trois dernières années à vivre dans la misère pour s’offrir le traitement. Maintenant, il est heureux, j’ose imaginer. J’abaisse ma bouteille vers mon verre. Aujourd’hui, je bois pour lui. Je cale mon scotch. Demain, ça sera pour autre chose. »

Égoportraits d’une fille volage

« Le matin, la fille volage s’assure d’attendre qu’il soit parti pour se lever. Il lui a préparé le petit déjeuner. Charmant. Elle mâchonne une toast en répondant aux textos nocturnes (et parfois un peu désespérés) de ses prétendants. Elle s’épile les cuisses en songeant au prochain mec qu’elle sucerait. Elle s’arme d’un décolleté et d’un soutien-gorge push up. Prête à l’aventure. »

Rengaines de tranchées

« Nerveux, nauséeux, le chapelet baignant dans la moiteur de nos paumes, nous regardions le sol entre nos bottes, certains que cette nuit serait notre dernière. Un air frais se butait contre nos casques Adrian, s’infiltrant malgré tout dans nos uniformes, et  nous nous mettions à frissonner à l’unisson. »

Vaticinations…

Aujourd'hui, on a publié mon premier récit. Le 18 novembre 2015 est la date, comme qui dirait, officielle de mon ascension au niveau d'écrivain... Pour lire cette nouvelle, suivre le lien: http://www.lecrachoirdeflaubert.ulaval.ca/2015/11/vaticinations/