La danse des phalanges

Par Milan Loranger

2021

Au creux de tes jeans, je suis fasciné par ces fesses fermes, rebondies, des fesses jeunes et soyeuses, des fesses chaudes qu’on a envie de caresser sans même y penser, sans préméditation, la caresse qui démarre la danse de l’érotisme, des fesses pornographiques qui attirent les regards à ton insu, tous ces garçons, et même les filles, qui regardent ton dos, ta croupe, tes merveilles juste sous tes reins, tes cheveux, ton top, ta peau blanche sous tes pantalons bleus. Ces fesses, si elles m’appartenaient, l’espace d’un instant, je serais le plus heureux des hommes.

Le fruit interdit de mon imagination, celui qui tient du mythe intemporel, l’objet même du désir le plus profond, le plus ancien, depuis la pomme jusqu’à la dernière nuit d’amour, comme s’éteindront les étoiles, le voilà qui se trémousse dans tes pantalons.

Tu te déplaces sans effort, brisant les vagues de la monotonie comme si elles n’avaient jamais existé, avançant d’un rythme lascif sans te soucier de ce que le lendemain apportera. Sans effort tu m’as séduit, car tu es timide. Tu rougis sous la force de ces compliments que je choisis avec une précision qui te déséquilibre, toi qui pourtant ne flanche à rien. Les vêtements trop grands qui t’enlacent ne sont que des étendards dans ton sillage, et tout à coup tu t’immobilises, et le vent tombe. Tu deviens la photographie de ton toi, une image qui me donne enfin la chance de l’étudier, un moment figé dans le temps.

On se trouve face l’un à l’autre.

Ton pantalon me dévoile ces hanches fertiles, étroites mais toutes en angles, féminines dans leur rondeur, prisonnières étouffantes de ce denim, de ces culottes en coton. Sous ton sweat à capuche zippé jusqu’au col, on ne sait rien de ta poitrine, on ne devine rien de tes longs doigts qui se serrent peut-être dans tes poches, frémissants d’excitation. On ne connaît de toi que ton visage, que tes longues jambes qui ne veulent plus finir. Effilées, à l’image de cette belle brune au regard noisette, aux lèvres plissées qui pourtant affichent un sourire large.

Tu me souris car c’est la première fois que tu me vois. Je me trouve dans ces mêmes souliers, à trembler. Tu frémis car tu ignores ce que la suite nous apportera. Malgré tous mes plans, je n’en sais rien non plus, sinon qu’à la vue de toi, dans tes pantalons si serrés, animée comme une infinité de photos superposées, un film à plus de mille images par seconde, tous ces jolis mots que mes talents d’écrivain me permettent de composer, ils s’envolent, me désertent, et je me retrouve là comme un con, à ne savoir quelle serait la première phrase à oser prononcer, alors que tout ce dont mon corps a envie, c’est de se laisser attraper par ton magnétisme, de s’abandonner à ton orbite, puis à la chute.

Un certain plaisir sensuel nous traverse alors qu’on reste plantés là, statues du moment. Un jeu d’observation que ces mains, prisonnières de leur trac, tardent à abandonner.

À imaginer mes phalanges descendre sur son jeans, puis se glisser dans ses poches arrières, pour agripper ces fesses avec l’intimité de celui qui y insère un objet pour plus tard, je me rends compte que chez les filles, ces poches n’ont qu’une utilité. Trop étroites car le jeans étant trop moulant, il n’y a que les mains d’un copain pour s’y sentir à leur place, paumes devant, épousant la forme rebondie de ta croupe. Est-ce ce que je suis? Ton copain? Car bientôt, comme nous nous préparons à notre premier baiser, mes mains descendront inévitablement vers tes fesses comme si celles-ci étaient le dernier centre de gravité de l’univers.

Mes mains, faisant soudain sécession à leur cerveau, à ses nerfs, à ma volonté, prendront la vie par les rênes et, dans leur obsession de tâter tes chairs d’opale, se contenteront pour le moment de la chaleur moelleuse de ton derrière au travers de tes vêtements. Une curieuse danse des phalanges.

J’espère que tu ne leur en voudras pas trop.

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