Mon mec à moi

L’appli m’envoyait le visage de centaines de femmes n’habitant pas trop loin. J’avais envie de baiser.

Mon chemin croisa celui de Zoé.

C’était une de ces filles au style indéfinissable. Elle portait des piercings et des lunettes de grand-mère. Elle ne portait jamais de brassière, s’habillait comme une hippie, avec de longs cheveux châtains et de grands yeux bleus.

On se rencontra un jour de canicule.

« Profites-en pendant que tu m’haïs pas. », furent les premiers mots qu’elle me dit. « Tous les gars que je rencontre finissent par m’haïr. »

J’ai haussé des épaules. Elle était vraiment jolie.

On se rencontra près d’un parc. Je suggérai un bar du coin où je passais beaucoup trop de temps; elle me parla d’une coop sympa où il y avait une grande cour à l’ombre de grands arbres; on pourrait se faire un pique-nique. « C’est joli, il y a une fontaine. » J’acceptai.

Elle sifflotait « Mon mec à moi » sur le chemin de sa fameuse coop. On s’arrêta pour acheter beaucoup de bière et de quoi faire des sandwiches.

Rendu à la coop, je dus admettre que l’endroit était sympa. Comme un oasis de verdure dans un océan de béton.

Elle me demanda ce que je fais dans la vie, à part écrire. Je lui parlai de mon boulot de merde. Lui racontai qu’on de mes collègues s’est presque étranglé avec le cordon d’une polisseuse à plancher. Elle se marrait. J’appréciais qu’elle n’essaie pas de jaser littérature. J’y connais rien. J’ai lu Racine, Camus, Montesquieu, toute la bande; je n’ai retenu que le strict minimum et j’ai reçu mon diplôme. Elle me parlait d’elle. M’avouait que Zoé, c’est pas son vrai nom. Mais elle préférait quand je lui parlais de moi. Elle voulait en savoir plus sur le gars qui a failli s’étrangler. Je lui dis que l’histoire n’est pas si palpitante, que le collègue — un Sylvain —, n’est pas brillant.

Il faisait chaud. La bière aidait.

On était bien, à l’ombre, dans la cour.

De l’autre côté de la clôture, les voisins baisaient dans leur hamac.

Elle me révèle que son vrai nom, c’est Ethel. Elle trouve que ça sonne comme si Mike Tyson essayait de dire « Estelle ». Je me marrai. De l’autre côté, les voisins faisaient de plus en plus de bruit. Je les entrevoyais à travers la clôture en treillis.  Elle le montait comme un cheval, ses jolis petits nichons suivant à rebours le rythme de leurs mouvements. Soudain, je n’écoutais plus trop Ethel-Zoé et je me retrouvai avec la bite toute dure.

La coop était un gros immeuble de trois étages gris et laid.

D’une fenêtre, deux marmots regardaient chez les voisins en pouffant. Mais où sont leurs parents ? Je leurs fis signe de se barrer; ils me regardèrent avec de gros yeux pleins de défi.

Et pourquoi pas ?

Je m’avançai sans hésitation vers Ethel et j’embrassai Zoé.

Elle répondit à mon french en ajoutant sa langue.

On avait quand même vidé la plupart des bières, déjà.

Malgré toute cette passion soudaine et cette perte d’inhibition, elle empêcha mes mains de la caresser.

Elle me repoussa.

Dans mon dos, j’entendis des bruits de pas dans l’herbe. Il y avait aussi le bruit de la fontaine, et celui des voisins. Un sacré tapage. Quatre mecs venaient d’arriver dans la cour. L’un de ceux-ci s’avançait vers moi au pas de course.

Ainsi, je découvris qu’Ethel avait un copain que Zoé m’avait caché.

Je méritai sans doute cette quadruple raclée pour ne pas l’avoir vue venir.

À ce qu’il paraît, elle amenait toujours ses mecs à cette Coop pour tromper son chum. Ce dernier était trop con pour saisir le message. J’étais trop commotionné pour rester éveillé plus longtemps.

Une chance qu’on eût vidé bon nombre de bières; on ressent moins les coups sous l’influence de l’alcool.

Dans l’ambulance, je me demandai si les voisins avaient atteint l’orgasme.

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