Le drame de la vie, c’est tout d’abord ce pessimisme insidieux qui tel un fléau frappe les esprits rationnels luttant contre l’insomnie.
C’est la certitude terrifiante d’une réalité inévitable : l’existence du néant.
Est-ce un vide infini ou la vastitude de la chose qui effraie l’être?
C’est peut-être la crainte de l’oubli, de ne laisser sa marque. La crainte du temps et de l’espace, de l’inconnu et de l’incontrôlable.
Le drame de la vie, c’est l’existence même. C’est la recherche d’une raison qui n’existe peut-être pas. C’est l’incompréhension terrifiante devant une fatalité programmée. C’est l’impuissance devant une fin inévitable. C’est le désir, dis-je le besoin de vivre qui émane de tout être, qui nous paralyse lorsque, par accident, on réfléchit à la chute. Nous, cet animal dont l’évolution a élevé vers les sommets de l’angoisse, peut-être aurions-nous dû demeurer ignares…
Dans ce cas, qu’est-ce qui nous pousse à continuer, à progresser, à persévérer, si l’existence est en soi une lutte incessante contre un ennemi implacable?
L’abysse du néant nous guette tous, attendant son heure, insatiable comme Cronos.
Des questions tourbillonnent dans nos esprits torturés; lorsque nous mourrons, le monde s’éteint-il avec nous?
Pour survivre, pour être heureux et conserver sa contenance, il faut se forcer d’être optimiste. Et s’il existait une lueur, une énergie intrinsèque à l’homme, à tout être vivant? Une place où nous irons pour continuer à rêver, à aimer, à désirer?
En attendant, on se force à oublier. On se distrait. On se désintéresse. Qui voudrait vivre dans l’ombre d’une angoisse constante, prisonnier de la mâchoire de la vie et de la mort?
Une distraction est bienvenue lorsque, vulnérables, nos esprits divaguent.
Par chance, la vie est une suite de distractions qui nous font oublier notre mortalité.
On oublie, à nouveau. Oublions.

