Alice

Le vent soufflait sur tous sans distinction. Sa main droite était dans la sienne, chaude. Sans le savoir, il la touchait pour la dernière fois. Sa paume était douce, divine. Ses longs cheveux flottaient comme un étendard doré derrière sa tête. Ses yeux s’illuminaient chaque fois que leur regard se croisait. Quels iris parfaits, quelle couleur magnifique, ne pouvait-il s’empêcher de penser. Dans ses yeux de saphir se trouvaient une nuance d’harmonie, un reflet de paradis sur terre, une porte vers sa pureté et un charme qui aurait poussé Pâris à quitter Hélène. Elle mordillait sa lèvre inférieure avec avidité, excitée par les yeux emplis de désir de son copain.

Alice était heureuse, comblée. Andrew l’était aussi. Elle désirait être proche de lui; sa main gauche agrippait avidement la manche de son t-shirt. Y avait-il quelque chose de mieux, en ce monde, que de se sentir désiré par une telle fille? Andrew en doutait.

La nuit qu’ils venaient de passer avait été merveilleuse. La journée promettait d’être également magnifique. Sous un soleil divin, ils se promenaient le long d’une petite rue à Nasburg, trop occupés à profiter l’un de l’autre pour prendre le temps de se dire des mots. Puis, ils arrivèrent dans un petit parc urbain qu’ils entreprirent de traverser. C’était d’ailleurs ici qu’il avait envisagé de faire la grande demande.

Il racontait des fariboles. Alice était hilare. Ses éclats de rire faisaient se retrousser son petit nez pointu. Ses yeux bleus croisaient sans cesse les siens. Ils s’arrêtèrent, le temps d’un baiser, au milieu du parc, devant des quidams gênés par cette soudaine démonstration d’affection publique. Leurs lèvres s’unirent, leurs langues se livrèrent une chaude lutte. Elle eut un frisson. Il l’enlaça tendrement.

Subitement, ils se défirent de leur étreinte. Il y eut un violent craquement et une voiture klaxonna. Andrew se retourna. Une énorme branche d’arbre venait de tomber au beau milieu de la rue, ratant de peu le véhicule. Une petite foule de curieux s’y massait déjà.

Il fit volte-face.

Alice avait disparu. Son cœur s’arrêta de battre pendant une fraction de seconde.

« Alice…? ALICE! »

Elle n’était plus dans le parc. Elle s’était volatilisée. Il regarda tout autour, jeta même un regard vers le ciel. Pas la moindre trace d’elle, nulle part. Il ne restait que son parfum, flottant légèrement dans l’air.

Les recherches furent infructueuses, personne n’était en mesure de dire ce qui lui était arrivé. Elle demeurait introuvable. Les inspecteurs soulevèrent l’hypothèse d’un enlèvement. Le seul problème : aucune demande de rançon. L’affaire était inhabituelle, les policiers ne savaient plus où chercher, ils n’avaient aucune piste.

Elle demeurait introuvable.

Photo: Abbey Lee Kershaw © Dan Martensen

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